Autour de Lucie

Lucie

Notre Parcours

Lucie est née le 7 juin 2006.

Elle se développe normalement en apparence. Elle regarde bien dans les yeux (elle fixe les gens) et tend les bras facilement.

Nous commençons à nous poser des questions en la comparant à d’autres enfants de son âge. Par exemple, elle n’est pas sensible aux comptines, elle ne cherche pas à imiter, elle est agitée et, surtout, le langage n’apparaît pas, sinon, parfois, quelques mots : « maman », « papa », « chat », « encore » qui apparaissent puis disparaissent.

Lucie a environ 2 ans quand le personnel de la crèche nous fait remarquer qu’elle se met en retrait des autres enfants et cherche constamment la présence d’un adulte. Le mot « autisme » apparaît pour la première fois à la suite de l’intervention d’une psychologue venue observer Lucie à la crèche. Mais nous ne sommes pas prêts à l’entendre ni à l’imaginer et le fait que ce soit le directeur de la crèche qui nous transmette le rapport de la psychologue, sans pouvoir nous expliquer quoi que ce soit, ne va pas nous aider. Cette professionnelle ne demandera jamais à nous rencontrer, alors que, d’après la Haute Autorité de Santé, « il revient au professionnel responsable de la prise en charge ou au professionnel responsable de l’équipe qui a réalisé le diagnostic d’informer la personne ». Cependant nous nous rendons bien compte que la rentrée en maternelle va être compliquée et avec l’aide du directeur de la crèche, nous envisageons une rentrée scolaire avec la présence d’une AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) et une consultation au CMP (Centre Médico-Psychologique)  de notre quartier.

Le mot « autisme » fait progressivement son chemin dans nos esprits. Confiants dans le corps médical, nous demandons l’avis du pédopsychiatre du CMP qui prend en charge Lucie, mais il ne répond pas à nos questions et ne voit pas l’intérêt de poser un diagnostic pour l’instant. Pourtant, d’après la HAS, « le temps d’attente pour réaliser une évaluation ne devrait pas dépasser trois mois. »  Ce médecin évoque cependant sur le dossier médical : TED (Troubles Envahissants du Développement).

Lucie est alors prise en charge de trois façons :

- au CMP dans des groupes de psychomotricité deux fois une heure par semaine,

- auprès d’une psychologue psychanalyste qui nous a été recommandée et que nous finançons de nos deniers (une séance d’une demi-heure par semaine),

- enfin quelques matinées à l’école – quand cela est possible car l’AVS demandée pour Lucie est en arrêt maladie…

Lucie est le reste du temps à la maison et ne progresse toujours pas. Vincent, son père, a arrêté de travailler pour s’occuper d’elle.

Nous sommes inquiets et cherchons à savoir comment Lucie va évoluer ; la psychologue nous dit que c’est Lucie qui nous guidera, qu’il faut attendre que Lucie manifeste ses envies de communiquer et ne pas trop lui en demander…

Nous prenons alors, seuls, l’initiative de faire poser un diagnostic, en insistant auprès du pédopsychiatre, car nous avons besoin de savoir. Mais le délai pour obtenir un rendez-vous auprès du centre de dépistage de notre région est extrêmement long : presque un an d’attente…

Nous passons des heures sur internet à nous renseigner sur les TED – dont l’autisme fait partie – et nous reconnaissons chez Lucie des signes caractéristiques. Nous apprenons aussi qu’il existe des thérapies qui donnent souvent de bons résultats mais sont vivement critiquées par certains, en particulier la méthode ABA : Applied Behavior Analysis (Analyse appliquée du comportement). Mais le CMP n’applique pas ces méthodes et le pédopsychiatre nous conseille de nous méfier d’internet et de ses forums.

Un jour nous regardons à la télévision l’émission « Envoyé spécial » avec Francis Perrin, dont le fils atteint d’autisme sévère a évolué de façon très positive grâce à la méthode ABA . Cela a été le déclencheur. Nous contactons une psychologue formée aux méthodes comportementalistes qui nous confirme dès le premier rendez-vous que Lucie est autiste (ce diagnostic sera d’ailleurs confirmé et précisé en « autisme typique » des mois plus tard, officiellement, par le CEDA : centre d’évaluation et de diagnostic de l’autisme). Cette psychologue, Françoise, nous explique que l’autisme ne se guérit pas mais qu’il existe des méthodes et des perspectives d’évolution vers plus d’autonomie . Elle nous propose un programme d’apprentissage en fonction des points forts et des points faibles de Lucie, qu’elle a pris soin d’évaluer.

Après cela tout s’enchaîne : Francoise commence à la faire travailler régulièrement, nous aide à organiser la rentrée scolaire et à trouver d’autres intervenants formés aux méthodes comportementalistes.

Lucie a alors 5 ans… Que de temps perdu, alors qu’il est recommandé par l’HAS de dépister l’autisme et d’intervenir le plus précocement possible(un diagnostic est possible à partir de 18 mois) !

Lucie aujourd’hui (avril 2012)

Lucie ne parle pas, elle « jargonne » de temps à autres, parfois un mot apparaît puis disparaît… Elle ne sait pas dire si elle a mal, où elle a mal, ce qu’elle veut faire ou manger… Nous devinons avec le temps, guidés par ses réactions et sommes en train de lui apprendre un mode de communication non verbal.

Elle n’est pas propre et nous nous sommes donné comme priorité de lui apprendre la propreté. Entre autres moyens d’incitation, nous avons cessé de lui mettre des couches. La machine à laver tourne à fond ! Nous tenons bon depuis 8 mois et elle fait des progrès. Ce sera long mais elle y arrivera!

Elle est très vive, contrôle mal son agitation motrice et n’a aucune conscience du danger, ce qui nous a fait choisir un logement en rez de chaussée…

Elle a souvent le regard lointain (le regard est un élément fondamental à travailler car il permet de décoder les codes sociaux – voir les vidéos très instructives de Monica Zilbovicius dans les liens vidéos » bonus  » après le film » le mur » hélas censuré aujourd’hui) et parfois des fous rires inadaptés (surtout quand l’un de nous se cogne et pousse un cri de douleur…entre autres !).

Son agitation, liée en partie à une certaine angoisse de ne pouvoir communiquer et de ne pas comprendre ce qu’il va se passer dans l’heure et dans la journée, l’empêche de rentrer dans les apprentissages et de se concentrer. C’est sur ce point que se porte actuellement une grande partie du travail des intervenants et notre travail à la maison.

Lucie est une enfant joyeuse, elle cherche le contact et se montre très câline. Elle n’aime pas les réunions bruyantes et inhabituelles, ne comprend pas la frustration, vit très mal l’échec mais elle ne fait pas de « crise »comme certains autistes ; sa réaction à elle serait plutôt de s’enfuir et de s’isoler. Elle se met à sautiller et à battre des bras quand elle est excitée (ce type de mouvements, le flapping, est une stéréotypie typique de l’autisme).

Elle est capable de boire des litres d’eau quand elle va à la piscine, d’escalader des murs de plus de 3 mètres, de courir infatigablement après un chat et maîtrise très bien la trottinette ! Depuis peu elle est devenue « accro » à l’ipad, qui se révèle un formidable outil d’apprentissage.

Son incompréhension de nos codes sociaux fait d’elle une enfant très pure qui ne connaît ni la jalousie ni la méchanceté. Elle peut par exemple prendre la main à un inconnu dans la rue ou lui tendre les bras… Régulièrement, au parc, elle va se servir dans les sacs ou piquer les goûters des autres enfants car elle ne comprend pas pourquoi c’est interdit. Cela nous vaut parfois des situations amusantes parce qu’elle est jeune et souriante, mais qu’en sera t-il quand elle aura 15 ans ? C’est pourquoi nous souhaitons l’aider à avoir des comportements adaptés en utilisant des stratégies psychoéducatives afin de lui permettre de déchiffrer notre monde et d’avoir sa place dans notre société,avec son handicap.

Lucie vue par son frère Louis

« Je compare souvent ma soeur à un kangourou, elle saute tout le temps!!! Et il faut être en forme car elle court beaucoup et elle a une force incroyable. Malheureusement, j’ai du mal à communiquer avec elle, je ne peux pas jouer avec elle et capter son attention relève de l’exploit. C’est dur tous les jours mais je garde espoir qu’un jour je puisse discuter avec elle… »

Sa prise en charge actuelle

Lucie va à l’école maternelle du quartier tous les matins (sauf bien sûr le mercredi), dans une classe de petits et de moyens accompagnée d’une AVS sans formation particulière.

Dans le programme qui suit les caractères gras désignent les professionnels.

Elle est prise en charge par une psychologue (2 à 8 heures par mois voire plus si besoin) qui nous guide et qui supervise tous les intervenants autour de Lucie à savoir :

- Orthophonistes spécialisées dans l’autisme:

3 séances hebdomadaires d’une demi-heure, prises en charge par la Sécurité sociale, auxquelles nous participons le plus souvent possible. Il existe des méthodes pour communiquer de façon non verbale et il est important d’utiliser les mêmes méthodes à la maison, en fonction du niveau que l’orthophoniste a pris soin d’évaluer.

- Éducateur sportif spécialisé:

Natation : 1 séance et escalade : 1 séance,  hebdomadaires .

- Stagiaire en psychologie:

2 matinées hebdomadaires à l’école pour  « coacher » l’AVS  et 2  heures d’intervention à la maison

(travail à la table, autonomie à la maison, activités à l’extérieur)

- Anne (une des grands-mère de Lucie) qui vient 2 fois par semaine pour des séances de travail à la  table (une demi-heure)

- Centre aéré : 1 à 2 matinées pendant les vacances scolaires au centre social, avec accompagnement d’un bénévole.

Reste le CATTP (Centre Thérapeutique à Temps Partiel) 2 fois par semaine pour des activités de groupe en psychomotricité et éveil musical, qui vont se terminer en juillet car c’est un accueil prévu jusqu’à 6 ans. En dehors des orthophonistes, le CATTP est la seule prise en charge financée par la sécurité sociale, mais il n’utilise pas les méthodes psychoéducatives comportementalistes. La suite du Cattp serait des soins en hôpital de jour, ce que nous refusons car Lucie n’ a pas besoin d’être soignée mais bien d’être éduquée et rééduquée. La communauté scientifique s’accorde bien sur le fait que l’autisme n’est pas une maladie mais un handicap.

A la maison

Afin d’apaiser les angoisses de Lucie, nous essayons de structurer son environnement, de lui donner des moyens de communiquer et d’être autonome :

- en créant un espace de travail dans sa chambre (méthode Teach)

- en établissant un emploi du temps visuel (méthode Teach)

- en mettant en place un système de communication par images ou pictogrammes (méthode PECS – Lucie est au niveau 1), afin de lui apprendre à formuler des demandes.

- en lui apprenant à s’habiller, à se déshabiller, à se laver, à se tenir à table, à manger avec des couverts… à être autonome !

- en encourageant le pointage du doigt, le regard, le lien, tout ce qui favorise les interactions sociales.

Septembre 2012

Lucie démarre l’année dans sa nouvelle école en CLIS*. Sa maîtresse est formée aux méthodes d’éducation comportementale ainsi que son équipe. Super locaux; coin de travail individuel (8 enfants max), salle de psychomotricité attenante (et refaite à neuf), du matériel, du personnel(intervenants du SESSAD* et stagiaires sont présents dans la classe, on arrive presque à un adulte pour un enfant), une directrice très active qui soutien la CLIS* et son équipe . Cette petite école privée semble un lieu très adapté pour Lucie.

Lucie utilise son Ipad avec les orthophonistes (elles l’ont très vite intégré dans leurs travail )ainsi qu’à l’ école et à la maison pour du travail à table .

Laura remplace Sandra comme stagiaire supervisée par Françoise et intervient à notre domicile. Elle prépare un master 2 (psychologie médicale) et malgré son petit gabarit et sa légère timidité, elle va très bien s’en sortir .

Lucie est moins agitée, mais elle est grande et musclée pour son âge ce qui ne facilite pas les choses . Avec la vivacité qui la caractérise, Lucie n’a de cesse de s’échapper . Sa capacité à se mettre en danger sans en avoir jamais conscience est anxiogène pour nous tous. Mais comment lui expliquer qu’il y a des voitures sur la route et que les voitures peuvent lui faire très mal ? nous en sommes réduits à la conditionner pour qu’elle ne descende jamais du trottoir seule . Cela reste de la « survie » mais cette méthode est défaillante face à des tentations imprévues: un parc de jeux ou une épicerie où le commerçant donne à Lucie des bonbons à chaque passage. Il faut tenir en permanence Lucie par la main .

Elle a maintenant quatre séances d’orthophonie par semaine, je participe à trois d’entre elles. Cela me permet de mieux comprendre comment mettre en application leur travail et de la voir pratiquer ses exercices.

 Si à la rentrée Lucie part un peu dans tous les sens, avec le temps elle va trouver ses repères et se montrer de moins en moins agitée .

A l’école les choses se mettent en place, Lucie et sa nouvelle maîtresse vont s’apprivoiser mutuellement . Myriam et Françoise qui collaborent déjà avec une autre enfant, ont mis en place un programme de travail pour Lucie. Les choses avancent pour tous mais pas pour tout. Anne(la grand-mère de Lucie), Sophie, et moi faisons un formation ABA, très enrichissante, afin d’améliorer nos réactions avec Lucie (avec Axelle Baudoin, psychologue formée à l’ABA).

 Nous sommes contactés pendant les vacances de la Toussaint par l’éducation nationale car une CLIS* TSA* s’ouvre à coté de chez nous (seulement 3 km au lieu des 50 km actuels). La rencontre avec l’institutrice se passe plutôt bien, elle semble pleine de bonne volonté et d’énergie et elle accepte de participer à la réunion avec les autres intervenants. Cependant certain détails nous font hésiter, l’institutrice est jeune et sans plus d’expérience qu’une année dans une clis de maternelle qu’elle a pris en rentrant de congé, aucune formation spécifique, la classe a plus d’élèves, moins de personnels et de moyens …mais passer de plus d’une heure et quart à 20 mn de trajet (2/jrs) nous semble un solide argument (2h en moins par jour).

 Décembre, alors que tout ce passe bien, nous changeons Lucie d’école espérant que cette proximité lui sera bénéfique.

 Lucie est rentrée dans sa nouvelle classe, elle est à nouveau très agitée et la communication avec la nouvelle institutrice est difficile: ni mail, ni téléphone, pas de cahier de liaison ni d’activité contrairement à Myriam. J’essaye d’en savoir plus à la sortie de l’école, tout ce que j’obtiens est que « Lucie ne reste pas en place et met tout à la bouche…mais tout va bien ». Ces problèmes comportementaux avaient pourtant été évoqués lors de la réunion et des solutions envisagées.

 Tout va de mal en pis, après avoir proposé une intervention de la psychologue en classe afin de l’aider à mettre en place des outils et des objectifs propres à Lucie, nous comprenons que l’institutrice ne veut pas se sentir évaluée et refuse l’aide la psychologue. La tension monte d’un cran lorsque la directrice m’informe, en contradiction complète avec la HAS*, que « ce qui ce fait en dehors de l’école ne rentre pas dans l’école ». Nous vivons très mal cette expérience car l’intérêt de Lucie n’est pas respecté.

 Au mois de janvier, après en avoir discuté avec Sophie, nous décidons d’essayer de la réinscrire à l’école Notre Dame de Belleville .

 Avec une certaine anxiété, j’appelle Myriam. L’accueil est chaleureux, elle prend des nouvelles de Lucie et me fait part de sa déception d’avoir dû la voir partir tout en comprenant notre choix. Je saute sur l’occasion pour lui annoncer que cela se passe mal dans sa nouvelle école et notre intention, si cela est possible, de la réinscrire . Elle accepte pour sa part aussitôt et me propose dans informer la directrice. Nous sommes le jeudi, le lundi suivant Lucie sera de nouveau à Belleville à notre immense soulagement .

 Le printemps arrive et Lucie va bien . L’école se passe à merveille et lui propose des activités variées (piscine, sortie au marché, classe verte…) et une vraie prise en charge éducative en collaboration avec la psychologue de Lucie.

 Lucie ne différencie pas les couleurs au point que les intervenants se demandent si elle n’est pas daltonienne. L’imitation n’apparaît toujours pas, la catégorisation reste très compliquée. Lucie reste cependant de plus en plus longtemps calme et attentive. Son regard est toujours aussi fuyant dés qu’on lui demande quelque chose. Elle continue à tout porter à sa bouche. Nous finirons aux urgences après qu’elle ai mis dans sa bouche un Hameçon (tombé de je ne sais où) et l’ai enfoncé à l’intérieur de sa joue.

Francoise vient régulièrement à la maison pour des ateliers cuisine: c’est l’occasion de travailler la discrimination: donne la cuillère, donne le verre, mélange, verse…ou apporter un objet d’un endroit à un autre demande un énorme effort à Lucie pour se concentrer. Sophie va poursuivre les mercredis en organisant des ateliers recettes de cuisine simples.

 Nous rencontrons le Pr Marinier en juin, neuropédiatre à HFME*, elle est aussi directrice du CRA* Rhône-Alpes. Cela se passe très bien et elle nous conforte dans nos choix. Pour la première fois, nous sommes serein quant à la prochaine rentrée.

 Reste notre voyage à Essaouira au Maroc. Lucie va prendre pour la première fois l’avion, devra attendre l’embarquement et passer la douane, au départ et à l’arrivée, sans compter le trajet Marrakech-Essaouira. Lucie n’est toujours pas propre et nous appréhendons ces moments.

 L’été arrive et c’est la fin de pas mal d’activités pour Lucie (gym, équitation, école) en juillet et plus rien en août. Lucie a finit l’année scolaire sur une note positive : elle évolue doucement mais sûrement.

Nous voila partis pour de longues vacances qui vont commencer par le Maroc. Nous voila donc à l’aube tous les quatre sur le tarmac avec Lucie à moitié endormie . Elle se réveillera à l’arrivée après avoir été très calme durant tout l’embarquement . Merveilleuse vacances, Lucie prend très vite ses habitudes . Crêpe au Nutella au petit déjeuner et au goûter, glace au dessert; les commerçants à la fin du séjour ne me demande plus ce qu’elle veut . Avec un rythme régulier et identique tout les matins, nous pouvons alterner les après midi sans difficulté. Le ramadan fait que nous nous retrouvons souvent seul dans les piscines, ce qui facilite les choses pour Lucie (pas de bruit, de personnes ou autre stimuli pour la gêner) .

Septembre 2013

 La rentrée ce passe bien (mieux qu’avant). Lucie retrouve ses habitudes avec enthousiasme.

 Cette année nous décidons de prendre uniquement des professionnels, et non pas de stagiaires (ils peuvent passer un doctorat, être déclarés avec facture, la MDPH* ne leur reconnaît aucune compétence et refuse de les reconnaître). Nous rencontrons Caroline. Dynamique et pleine d’autorité avec Lucie, cette éducatrice spécialisée passée par la Belgique va faire merveille avec Lucie. Bienveillante et sûre d’elle, Caroline travaille en parfait accord avec Françoise, la psychologue de Lucie. Elle pousse Lucie avec patience et obstination sans jamais perdre le sourire. Cette walkyrie guide Lucie au travers de sombres forêts .

 Amélie, une des orthophonistes, est repartie pour Paris. Mais elle est remplacée par une nouvelle orthophoniste formée aux méthodes adaptées aux TSA* non-verbaux, Stéphanie Joly, même lieu et horaires pour le reste.

 Un des deux feuillets pour la demande de prise en charge de transport à l’école s’est perdu entre deux administrations; je dois emmener Lucie pendant les quinze premiers jours afin qu’elle ne loupe pas la rentrée.

 Grâce à Gérard(son grand-père) une soirée au profit de l’association à lieu et nous permet de récolter l’équivalent d’un mois et demi de prise en charge. Au programme poésie et textes de théâtre(Jacques Faule)sur fond de violoncelle(Jacques Perrin). Une soirée très réussie. Un grand merci à tous les trois et au nombreux spectateurs (+ de 100) qui ont ainsi apporté leur soutien à Lucie.

Lucie reprend toutes ses activités avec un enthousiasme déconcertant. Elle « grogne » presque à chaque séance de travail avec les orthophonistes, mais est impatiente d’y aller à chaque fois .

Cela reste un paradoxe; toujours pressée d’aller faire, toujours grognon quand elle fait, toujours pressée de partir mais l’activité à peine finie, elle veut recommencer. Lucie nous donne l’impression de vouloir apprendre et travailler en permanence mais ne supporte ni l’échec, ni la nouveauté qui la mette dans un état d’anxiété inimaginable. Si elle continue de progresser ce n’est ni linéaire, ni homogène. Peu d’autonomie sociale et domestique(propreté, habillement…), une motricité générale très développée, une mémoire visuelle quasi photographique mais de grande difficultés pour communiquer. Si Lucie a une volonté de travailler très forte, elle butte de façon systématique devant la difficulté, la nouveauté et ne supporte pas l’échec 

La réunion bis-annuelle me rappelle combien il peut être compliqué de faire travailler un groupe à l’unisson, et la difficulté que peut rencontrer Françoise à canaliser toutes les personnalités(un triple hourra pour elle!). Mais le bilan dans l’ensemble est positif. Durant l’année qui va s’écouler Lucie va continuer à progresser et « s’assagir » . Prémices d’imitation, début d’interaction avec les autres.

 Sur un cheval Lucie est très à l’aise et fait des progrès, elle emmène désormais toute seule le cheval des écuries au manège mais elle refuse de garder les rênes en main et préfère faire des acrobaties. Cela reste un support éducatif très intéressant qui permet de travailler la coordination et des ordres simples. Plus calme et attentive, Lucie fait des séquences de travail plus longue et avec plus d’autonomie.

 Le SESSAD*, après nous avoir reçu, refuse de prendre en charge Lucie, sous prétexte que nous habitons trop loin (l’attribution d’un SESSAD dépend du lieu de scolarisation) et que Lucie a déjà une prise en charge suffisante: nous allons donc continuer à nous battre pour organiser cette prise en charge à domicile et la financer.

 Lucie va retourner en classe verte cette année, mais cette fois uniquement avec sa classe, toujours avec un adulte par enfant. Nous goûtons aux joies d’être traité comme des parents comme les autres, aux joies de voir que Lucie peut aller en classe verte comme les autres élèves.

 Lucie commence à différencier les couleurs. La catégorisation se fait de mieux en mieux (ex : photo du même objet mais de différente taille).   

 Toujours pas de langage mais une forme de communication, Lucie doit montrer directement l’objet ou au travers d’un pictogramme mais cela reste encore compliqué pour elle. Priscille tente la communication par gestes mais Lucie ne généralise pas et mélange ou modifie les gestes que l’on peut confondre avec certaines stéréotypies.

 Arrive enfin le printemps avec ses beaux jours. Lucie va pouvoir passer plus de temps dehors et se défouler afin de calmer son agitation (le trampoline sort du salon pour la terrasse).

 La deuxième réunion avec tous les intervenants a lieu: Lucie progresse, elle est plus présente dans le regard, plus calme, tente des interactions avec les autres.

 Stéphanie ne sera plus là à la rentrée. Nous tentons de trouver une remplaçante sans succès, les rares orthophonistes formés sont tous surbookés.

 Nous partons à nouveau à Essaouira pour les vacances, l’avion et le séjour se passent très bien, nous avons choisi une maison avec un jardin entièrement fermé car Lucie s’échappe toujours. Le départ a failli être annulé car Lucie s’est enfoncé une écharde dans la bouche, il aura fallu 2 interventions chirurgicales pour lui enlever et un traitement antibiotique lourd.

 Caroline va intervenir pendant 6 jours en Août (9h30-12h30/14h-18h30) chez Anne et Gérard(les grand parents de Lucie), de l’intensif qui va porter ses fruits. Des journées structurées avec un programme préparé par Françoise, Lucie va faire des progrès visibles et même impressionnants.

 La rentrée va très bien se passer, Lucie semble vraiment heureuse de retrouver ses habitudes. Seul bémol: la société Vortex qui est chargé du transport des élèves handicapés sur notre département n’a pas traité notre dossier, Lucie n’a donc pas eu de taxi et j’ai effectué les trajets en attendant. De nombreuses familles ont été concernées.

 Nous allons déménager.

Nous rachetons la maison des grand parents de Lucie: le Burizay pour ceux qui connaissent, dès que nous auront réussi à vendre notre appartement. Cette maison en pleine campagne va nous permettre de réaliser un projet en lien avec l’autisme de Lucie: création d’un gîte d’accueil en vacances pour familles avec enfant autiste, création d’un potager pédagogique, parcours de psychomotricité…nous avons plein d’idées en tête.

 Après renseignements, l’école de Lucie pourra être maintenue, nous allons nous mettre en recherche d’autres professionnels qui pourront intervenir sur place.

 * SESSAD : Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile

* CLIS : Classe d’Inclusion Scolaire

* TSA : Troubles de Syndromes Autistique .

* HAS : Hautes Autorité de Santé

* CRA : Centre Ressources Autisme

* HFME : Hôpital Femme-Mère-Enfant

Par le biais de la page….Et maintenant…? nous vous tiendrons informés des progrès que va accomplir Lucie, des méthodes que nous utilisons et chacun pourra y laisser des commentaires. Cette page va contenir des vidéos et des documents personnels qui seront protégés par un mot de passe (il figure sur le faire-part de naissance de l’association). Pour obtenir le mot de passe veuillez nous contacter.